Après avoir fait grande sensation lors de son annonce à la Gamescom en 2012, le titre du studio français DONTNOD Entertainment Remember Me arrive enfin sur nos machines. Nous plongeant dans un paris futuriste, le studio français prend ici le risque de développer un titre à gros budget, ces derniers étant bien rares en France depuis quelques années. Pari réussi ou non ? Réponse dans ce test dont vous vous souviendrez à coup sûr !

Prenant place en 2084 à Neo-Paris, le Paris du futur, l’aventure vous plongera dans la peau de Nilin, une jeune activiste se battant contre la société Memorize, spécialiste en échange de souvenirs. Emprisonnée dans une version futuriste de La Bastille dans laquelle sa mémoire a été effacée, celle-ci va tout d’abord devoir s’enfuir puis reconstituer son passé en suivant les conseils du mystérieux Edge. On en vient toutefois rapidement à douter de tout de ce que l’on sait ou de tout ce que l’on fait, chaque acte d’apparence bien-fondé étant contrebalancé par la peur d’avoir été manipulé. Dans une société où les souvenirs, et par conséquent les opinions sont contrôlés, on ne peut ainsi qu’hésiter avant d’effectuer des actions moralement discutables mais décrites comme nécessaires par Edge. On ignore d’ailleurs quelles sont les intentions de ce dernier, si bien qu’on finit par ne plus savoir qui est réellement l’ennemi. Le résultat est sans appel : on prend un plaisir immense à suivre ce scénario et à découvrir ses nombreux rebondissements.

Au niveau du gameplay, on nous propose un enchaînement de combats, d’énigmes et de phases de plates-formes à la Tomb Raider ou Prince of Persia par exemple. Le level design lors de ces dernières est généralement correct sans être exceptionnel, notamment car on impose systématiquement un chemin prédéfini au joueur. Il peut dès lors arriver qu’on meurt en empruntant un chemin d’apparence praticable simplement car les développeurs n’ont pas prévu qu’on passe par là. Cette linéarité est d’ailleurs extrêmement marquée durant toute l’aventure puisqu’on évolue en permanence dans des couloirs de 1 mètre de large. Quelques passages secrets permettent de découvrir des boosts de santé, des informations sur l’univers ou autres objets cachés, mais cela n’atténue en rien cette sensation clairement voulue par les développeurs cherchant à plonger le joueur au maximum dans l’histoire, mais assez frustrante à la longue. D’autant plus que la beauté des décors nous donne envie de visiter de long en large les différents niveaux, ce qui est bien souvent impossible à cause de cette linéarité.

Parlons d’ailleurs de la réalisation du titre. Remember Me est un véritable chef-d’oeuvre artistique, proposant des panoramas de Néo-Paris à couper le souffle, même si la réalisation technique est quant-à-elle assez limitée, et entachée de quelques bugs plus ou moins gênants inhérents à l’Unreal Engine 3. Concernant la bande-son, on touche ici aussi à un niveau artistique de grande qualité. Qu’ils s’agissent des morceaux d’ambiance, des dialogues en VO plutôt convaincants (la VF étant, quant-à-elle, assez navrante) ou encore des mélodies dynamiques qui rythment les combats, tout est absolument génial à ce niveau.

Et puisque nous parlons des combats, sachez que ceux-ci s’avèrent également plutôt réussis, notamment grâce à leur dynamisme. Tout est basé ici sur l’esquive et sur l’enchaînement de coups de poing et de pied en combos paramétrables à sa guise. Ainsi, s’il est impossible de changer l’ordre des coups, on peut leur attribuer un effet donné afin de maximiser les dégâts, récupérer de la santé ou raccourcir le cooldown suivant l’utilisation d’un pouvoir actif (permettant de pirater un ennemi robotique, d’assommer tous les ennemis, de devenir invisible l’espace d’un instant, de poser une bombe ou de se mettre en furie). Dès lors, on peut choisir de mixer tous les effets au sein d’un même combo ou bien de se spécialiser et de profiter d’effets de chaîne qui maximisent la puissance. Une certaine stratégie s’installe donc et chacun doit trouver le bon compromis selon son style de jeu. Les animations de Nilin ne sont franchement pas terribles, certains QTE lors des combats de boss agacent un peu et un léger côté répétitif peut ressortir en fin d’aventure, et ce malgré la présence de 14 ennemis différents et l’arrivée progressive de nouveaux combos, mais l’ensemble n’en reste pas moins plaisant à l’usage.

Ces phases de plates-formes et combat laissent de temps à autres place à quatre énigmes très sympathiques : les Memory Remix. Le but est ici de modifier le souvenir d’une personne afin de changer son attitude et ainsi arriver à nos fins. On commence donc par visualiser le souvenir tel qu’il s’est vraiment déroulé avant de parcourir la séquence librement en tournant son stick ou sa souris dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Le but est de trouver des points susceptibles d’être modifiés puis de laisser l’action suivre son cours jusqu’au résultat escompté. Ceci étant, il faut expérimenter et tâtonner pour trouver la seule solution viable. De nombreux échecs sont à prévoir avec ce que cela comprend de résultats inattendus. Il s’agit donc là de séquences à la fois originales et agréables à jouer tout en étant parfaitement intégrées au scénario. Bref, on en redemande, et malgré ses défauts Remember Me s’avère être un excellent titre qui devrait sans peine séduire les joueurs amateurs de belles histoires et d’ambiances travaillées.

S’il faut bien avouer que l’essor du jeu-vidéo français est terminé depuis bien longtemps, relégué ces dernières années aux petites productions indépendantes, le studio DONTNOD Entertainment prend ici le pari de développer un triple A avec le soutien de Capcom. En prenant ce pari risqué, le studio français DONTNOD Entertainment souhaitait relancer l’industrie vidéo-ludique sur notre territoire, en prouvant au monde entier que la France peut toujours produire des triples A de qualité. Si Remember Me ne brille pas par un gameplay innovant, ou même soigné aux petits oignons, il réussit à nous immerger dans une aventure prenante et touchante. Et s’il faut bien retenir quelque chose de ce titre de grande qualité, c’est bien sa réalisation de haute volée, qui vous plongera dans un Paris futuriste, le tout soutenu par une sublime bande son. Voilà une bien belle façon de prouver au monde entier que, non, le jeu-vidéo français n’est pas mort !

Thibault Vlacich, le lundi 10 juin 2013.