Le studio Naughty Dog, notamment à l’origine de nombreux succès, tels que Crash Bandicoot, Jak & Daxter ou encore Uncharted, nous revient ici avec le très attendu The Last of Us. Si l’on savait, au vu du passif du studio et de nos précédents contacts avec le jeu, que The Last of Us allait être une réussite, on ne pensait pas prendre une telle claque. Voici donc notre test de ce chef-d’oeuvre, avec quelque peu de retard.

L’histoire commence alors que l’humanité subit de plein fouet une bien drôle d’infection, un champignon qui se transmet par le biais de spores et qui pousse dans le cerveau : l’Ophiocordyceps unilateralis, transformant les pauvres infectés en monstres répugnants, complètement défigurés par le champignon, et les rendant extrêmement violents à l’égard des non-infectés. Il faut d’ailleurs noter que ce champignon existe réellement dans notre monde à nous, mais ne touche que les fourmis qui, une fois infectées, attendront la mort accrochées à une feuille, rongées de l’intérieur. Après une intro magistrale qui prend aux tripes, le jeu nous entraîne vingt ans après l’épidémie initiale et nous fait suivre les pérégrinations d’un survivant, Joël, cantonné avec d’autres « chanceux » dans un district de Boston sécurisé. Il fera rapidement la connaissance d’Ellie, une fillette de 14 ans avec qui il sera contraint de faire un bout de chemin…

Commençons tout d’abord avec ce qui saute aux yeux dès les premières minutes de jeu : oui, The Last of US est un jeu magnifique. Que ce soit d’un point de vu artistique ou technique, tout est fait pour bluffer notre rétine, de la première à la dernière minute de jeu. Les différents panoramas que vous visiterez tout du long de l’histoire sont extrêmement détaillés, incroyablement cohérents, et donnent l’impression d’un monde fauché dans la fleur de l’âge. Car si le titre reste assez linéaire, il offre toutefois pas mal de liberté en terme d’exploration. Tout dans The Last of Us contribue à nous raconter l’histoire d’un monde abandonné, tout sert à poser une atmosphère de désespoir, de fin du monde et de menace… On râlera parfois sur quelques lacunes techniques, aliasing assez présent, clipping assez grossier par moment, mais la dimension artistique, les jeux de lumières et l’incroyable fluidité de l’ensemble, les animations suintant le naturel, font de The Last of Us une réussite technique incontestable. C’est bien simple, il s’agit sans conteste du plus beau jeu de sa génération.

The Last of Us constitue également une réussite éclatante en terme de gameplay. Tout y coule de source, tout y est assez logique et bien foutu. On est là dans un gentil survival, au sens premier du terme. Foncer tête baissée sur l’adversaire est un bon moyen de finir avec la carotide arrachée (vos morts seront d’ailleurs bien violentes, notamment avec les infectés). On se doit d’observer le décor pour éviter le combat, tout en glanant du matériel et des armes modifiables. Gestion de l’inventaire (qui ne met pas le jeu en pause), système de couverture light et jamais pris en défaut, rares fusillades au feeling extraordinaire, corps-à-corps ultra violents reposant aussi bien sur le timing que sur le décor environnant. Tout est vraiment solide.

On pourra noter cependant quelques légers soucis d’IA, notamment avec vos alliés qui ont tendance à se déplacer à la vue des ennemis, ou à vous bloquer, vous empêchant de vous cacher correctement, ou encore des ennemis qui vous repèrent à travers une couverture. Fort heureusement, les développeurs ont conçu l’IA de façon à ce qu’elle ne détecte jamais vos alliés, même si ces derniers sont juste sous leurs yeux.

Ce qui rend The Last of Us si grandiose, c’est tout d’abord ses personnages principaux. Des personnages vrais, attachants et humains dont la relation s’étoffe et prend magnifiquement corps au fil de la quinzaine d’heures de jeu que compte l’aventure, au fil des dures épreuves que vont subir nos deux héros. Joël est un ours, un quinquagénaire au poil dru, un gentil gars au passé trouble qui n’a rien du poseur assumé incarné par Drake dans la série Uncharted. Son caractère forgé sur la volonté bien compréhensible, car dictée par l’expérience, de ne pas s’attacher à Ellie.

Et Ellie justement, elle ressemble comme deux gouttes d’eau à Ellen Page (une grande actrice qui a notamment fait ses preuves dans Juno, film multi-Oscarisé) et elle aussi est attachante. Gamine qui n’a jamais connu que le monde après l’épidémie, elle s’émerveille de pas mal de choses tout en faisant preuve d’un courage dont seule une personne habituée à survivre dans un environnement hostile pourrait faire preuve. Le mélange est habile et l’alchimie entre les deux héros est totale. Évidemment, tout cela ne passerait pas aussi bien sans un doublage exceptionnel (notamment dans sa version originale), et des réactions très naturelles en fonction de chacune des situations. Ainsi, Ellie peut aussi bien aller farfouiller dans les étalages d’un vieux disquaire, s’émerveiller d’un petit écureuil, comme s’exclamer “Putain Joël !” lorsque ce dernier éventre quelqu’un ou quelque chose à coups de machette. Ni mijaurée, ni complètement adulte, Ellie et son gardien sont de loin les personnages les plus attachants qu’il nous ait été donné de découvrir dans un jeu vidéo…

L’autre grande réussite du titre, c’est sans conteste sa narration pudique, qui n’en fait jamais trop, qui laisse l’émotion venir d’elle même, sans balancer de la violence gratuite, de la musique à pathos ou du zoom d’abruti. Le jeu parle de lui-même, se complaît dans les non-dits et fait s’enchaîner les situations avec un naturel et une cohérence qui forcent le respect. Dans The Last of Us, rien ne semble jamais too much (en dehors, peut-être, d’une ou deux scènes très action), tout semble juste, honnête, et finalement viscéral.

Et pour un titre grand public, le soft ose le mature. Il ose les scènes chocs sans qu’elles ne semblent gratuites. Il ose faire mourir Ellie (gamine de quatorze ans, je vous le rappelle) d’ignoble manière quand on se rate. Il ose, enfin, raconter une histoire dont les tenants et les aboutissants semblent plus tenir de la logique pure que d’une volonté de respecter le cahier des charges habituellement associé à une production de cette trempe. En résulte de l’émotion, des larmes, des sourires idiots, des soupirs de soulagement, bref, un jeu qui parle au coeur et qui possède une âme. Au fond, ne serait-ce pas ça, un chef d’oeuvre ?

Mieux vaut être prévenu avant de vous lancer dans The Last of Us : c’est une aventure dont vous ne sortirez pas indemne. Les jeux de cette trempe sont rares et précieux. Certes, il n’est pas exempt de défauts, mais vous les oublierez bien vite dès que vous serez happé par son ambiance hors du commun et par son scénario qui risque bien de vous ébranler. Même les joueurs les plus endurcis finiront tôt ou tard par s’attacher à ces survivants lâchés dans un monde où le danger mortel côtoie l’émerveillement.

Thibault Vlacich, le mercredi 31 juillet 2013.