Après plusieurs années d’absence, la célèbre aventurière Lara Croft revient cette année dans un nouvel épisode de la série Tomb Raider, qui fait office de reboot de la saga. Très attendu des fans et nous plongeant dans la jeunesse de l’héroïne et dans sa toute première aventure qui a fait d’elle la guerrière que nous connaissons tous, ce reboot tient-il toutes ses promesses ? Réponses dans ce test.

L’histoire débute avec un pitch assez classique. La jeune Lara, alors âgée de 21 ans, fait partie d’une expédition qui sillonne l’Océan Pacifique à l’Est du Japon dans l’espoir de retrouver des vestiges cachés du royaume de Yamatai. Les choses se corsent lorsque son bateau est pris dans une tempête et qu’il s’échoue avec pertes et fracas sur une île mystérieuse. Cette dernière n’est malheureusement pas déserte, elle est peuplée par les Solarii, une bande de dangereux illuminés vouant un culte à l’ancienne reine Himiko. Lara va se retrouver enlever par les Solarii et va se retrouvée ligotée et pendue par les pieds au fin fond d’une caverne remplie de cadavres et servant visiblement à perpétrer des sacrifices humains… On l’a connue en meilleure posture et pourtant ce n’est que le début. Il faut être honnête, le scénario est un peu léger en ce qui concerne les compagnons d’infortune de Lara dont les comportements sont souvent assez étranges. Mais il se rattrape sans problème en nous offrant un récit incroyablement prenant de l’initiation de la jeune aventurière. Votre petit cœur risque de s’emballer en découvrant tous les malheurs qui attendent notre héroïne : la pauvre souffre et on entre immédiatement en empathie avec elle. Sa lutte pour la survie vous prend aux tripes et, naturellement, lorsqu’elle s’endurcit à force d’enchaîner les expériences traumatisantes, vous avez vraiment l’impression de l’accompagner sur ce chemin qui fera d’elle une héroïne hors du commun.

Si les premières minute de jeu se font à coup de QTE pour s’échapper de la grotte souterraine où on l’avait enfermée et retrouver l’air libre, les mains malheureusement aussi vides que l’estomac. Mais il ne lui faudra pas longtemps pour trouver une allumette et se faire du feu, puis un arc pour chasser le lapin et découper sa proie à même l’herbe, en aspergeant de sang l’écran. Le ton est donné. La suite des évènements va, progressivement, confirmer cette mutation, la transformation d’une craintive aristocrate en machine à tuer, prête à planter de sang-froid un piolet dans le crâne d’un assaillant. C’est le quotidien d’un héros de jeu vidéo, certes, mais Tomb Raider réussit à rendre cette évolution palpable, à mettre en scène de brillante manière cette montée en puissance très progressive. Par l’arsenal, tout d’abord : Lara va vite mettre la main sur un arc, d’ailleurs très sympa à utiliser, puis sur des armes à feu bien rouillées, qu’un ingénieux système d’upgrades va peu à peu transformer en joujoux mortels.

La solitude de l’héroïne permet également de mettre en avant l’autre figure phare du jeu : l’île de Yamatai elle-même. Plans à couper le souffle, décors mélangeant diverses époques, ennemis qui n’ont rien à envier aux Autres de LOST (la comparaison était inévitable), l’île est une vraie réussite qui parvient sans peine à nous immerger dans le jeu dès les premières minutes. Il n’est pas question ici d’environnements ouverts, mais de zones plus ou moins grandes qu’il sera possible de revisiter plus tard, à la manière de Metroid. En améliorant ses armes au fil du jeu, Lara débloquera en effet des améliorations lui permettant d’atteindre des lieux jusqu’alors inaccessibles. Il ne s’agit cependant que de collecter divers objets sans incidence sur l’aventure. Très rythmée, cette dernière nous pousse sans cesse en avant à l’aide d’une mise en scène qui alterne habilement les phases d’actions et les temps, plus calmes, d’exploration. Citons notamment la présence de tombes optionnelles qui vous permettront de vous détendre en résolvant des énigmes qu’on aurait malgré tout aimé plus corsées.

Autre gros point fort du jeu, l’ambiance sonore est une véritable réussite, que ce soient les musiques, grandioses, les bruitages ou encore les doublages. En parlant des doublages, la VO de Lara, incarnée ici par Camilla Luddington, connue pour ses rôles dans Californication et dans Grey’s Anatomy, est une véritable réussite. Rarement dans un jeu-vidéo vous n’aurez vu une telle interprétation, à la fois touchante et poignante, qui vous prendra aux tripes. Les nombreux monologues de Lara lui donnent ce côté très humain qui manque habituellement aux personnages de jeu vidéo.

Si l’aventure solo se suffit largement à elle-même, on ne peut tout de même pas boucler ce tour d’horizon sans évoquer l’arrivée du multijoueur dans le petit univers de Lara Croft. La belle aventurière avance prudemment dans le domaine et on devra se contenter de quatre modes qui nous permettront de découvrir cinq maps différentes dans des parties qui ne rassemblent pas plus de huit joueurs. Les amoureux de la série brandissent déjà le poing en criant à la trahison ? Ils peuvent se calmer, l’intérêt de ce multijoueur est justement de prolonger agréablement le background du solo. On y incarne tantôt les survivants qui accompagnent Lara, tantôt les Solarii qui essaient de leur faire la peau. Si le Team deathmatch et le Free for all sont relativement classiques, le mode Rescue revisite de manière assez sympathique le Capture the flag, tandis que le Cry for help est un King of the hill un peu plus musclé qu’à l’accoutumée. La sauce prend aussi grâce à des maps bien conçues : elles sont loin d’être immenses, en revanche elles exploitent bien la verticalité et sont littéralement truffées de pièges qui vous permettront d’immobiliser ou de tuer vos adversaires.

On est donc plutôt agréablement surpris par la qualité de ce multijoueur : certes il ne brille pas par une originalité radicale, il présente des graphismes moins fins que le solo, mais il propose des parties fun et c’est finalement le plus important. Il s’agit donc d’un bonus agréable qui vient sertir le bijou que constitue cette superbe aventure solo, au même titre que la bande originale épique qui l’accompagne ou du design assuré qui confère à cet univers son cachet. Il suffit de prendre un peu de recul pour constater que nous avons là un jeu tout simplement incontournable.

Depuis les premières présentations du jeu, nous sentions que ce Tomb Raider nouvelle formule avait du potentiel, mais nous ne pensions pas être emballés à ce point. Crystal Dynamics réussit la gageure de renouveler une franchise certes populaire, mais aussi vieillissante en piochant les bonnes idées à droite et à gauche. Bien sûr, certains y verront un clin d’œil plus qu’appuyé à Uncharted, mais Lara Croft sait se démarquer de Nathan Drake, propose un véritable défi et sait surtout varier les plaisirs afin que plateformes, énigmes et combats se marient harmonieusement. Parents pauvres de la franchise, les combats n’ont plus rien à envier aux cadors du genre alors que certains puzzles sont vraiment bien trouvés. Certes le multijoueur est dispensable, mais il ne vient qu’en bonus d’une aventure solo à savourer sans retenue.

Thibault Vlacich, le mardi 16 avril 2013.